Belgique : les années de plomb

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troudbal2000
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MessageSujet: Articles de presse liés a Brewaeys   Jeu 21 Jan - 9:57

Enquête sur des fuites et sur le rôle
de Mme Thily dans l' enquête Cools



Le ministre de la Justice a ouvert une enquête sur des fuites au parquet général de Liège et la cour de Cassation s'intéresse de très près aux liens qui unissent Anne Thily au clan Happart.
Le frais émoulu ministre de la Justice Tony Van Parijs n'a pas avalé la pilule. C'est en effet sur les ondes de la radio qu'il a appris le contenu du rapport que le procureur général de Liège Anne Thily lui avait adressé concernant l'évasion de l'ennemi public numéro un. Diffusé dans les journaux parlés de la VRT et de la RTBF de 18h, le rapport n'est en effet arrivé qu'un quart d'heure plus tard au cabinet du ministre, le chauffeur ayant été retardé par des embarras de circulation. Comme il est de tradition qu'un tel rapport soit rédigé par le procureur général en personne avant d'être envoyé au ministre, ce dernier a aussitôt demandé l'ouverture d'une enquête sur ces fuites qui, on nous l'avait garanti à Liège, étaient ter-mi-nées.
Un coup de fil et une libération
Au-delà de cette péripétie, la cour de Cassation, au travers du dossier Agusta/Dassault, s'intéresse de très près aux liens qui unissent Anne Thily au clan Happart. Les juges d'instruction liégeois Véronique Ancia et Jean-Louis Prignon semblent également s'interroger sur les conséquences que ces mêmes liens pourraient avoir eu sur le cours de l'enquête sur l'assassinat du ministre d'Etat André Cools.
On se souvient en effet que le 2 janvier 1997, à la surprise générale, Alain Van der Biest était libéré par la chambre des mises en accusation de Liège. Siégeant en degré d'appel, le ministère public y est représenté par un avocat général, un des adjoints d'Anne Thily. Dans les milieux de l'enquête, cette libération est apparue comme un coup porté à une enquête qui avait enfin connu un virage essentiel en septembre 1996 par l'arrestation d'Alain Van der Biest et de ses deux proches collaborateurs Richard Taxquet et Pino Di Mauro. La cellule Cools apprenait, un peu plus tard, que cette libération surprise était intervenue quelques jours après que José Happart ait téléphoné au procureur général Anne Thily à propos, justement, d'Alain Van der Biest.
Le 9 juin 1997, la juge d'instruction Véronique Ancia interrogeait Brigitte H, une psychologue qui affirme apporter son aide à Alain Van der Biest. Elle décrit une réunion à laquelle elle a participé "chez José Happart, en Féronstrée, où étaient présents MM (Maurice) P. et les frères Happart, entre le 25 et le 31 décembre 1996. José Happart a téléphoné à Madame le Procureur Général et je l'ai entendu dire qu'il craignait que M. Van der Biest ne se suicide car il est innocent. Il a précisé que s'il lui arrivait malheur, il parlerait et que Stefaan Declerck en porterait la responsabilité. Happart a demandé à Mme Thily où en était le dossier (...) Peu de temps après, Maître Hoge est venu et semblait contrarié (...) Je ne voudrais pas", précise ensuite Brigitte H, "que l'on pense que c'est grâce à Madame le Procureur Général Thily que M. Van der Biest a été libéré". D'autant que Me Hoge n'est autre que le mari de Mme Thily et l'avocat attitré de José Happart.
Le PG doit remettre une note de son avocat de mari aux juges d'instruction
Néanmoins, immédiatement après son interrogatoire par Mme Ancia, Brigitte H a tenté de joindre Anne Thily par téléphone. N'y parvenant pas, elle a dès lors appelé le cabinet de Me Hoge pour lui laisser le message suivant: "Entendue avec insistance par Madame Ancia (Cellule Cools). S'est sentie abusée car relate quelque chose de désagréable pour Madame Thily (...) Mme Ancia enquêterait sur Mme Thily". L'affaire a fait tellement de bruit que moins d'une semaine plus tard, les juges d'instruction Ancia et Prignon ont eu une réunion avec Anne Thily dans son cabinet. Le lendemain, cette dernière leur remettait la note rédigée par la secrétaire de son mari. Dans sa lettre d'accompagnement, Anne Thily précisait qu'elle n'a "qu'une connaissance des plus superficielles des dossiers qui vous sont confiés et notamment du dossier relatif à l'assassinat d'André Cools et les dossiers "satellites"".
Le tango Taxquet/Happart
Les interrogations des magistrats de la cellule Cools ne se sont pas éteintes pour autant. Peu avant le 18 juillet 1997, date anniversaire de l'assassinat du ministre d'Etat André Cools, Richard Taxquet téléphonait à un ancien responsable du PS liégeois en lui disant, en substance, qu'il y avait peut-être des commanditaires de l'assassinat à chercher dans la mouvance happartiste. Ce n'était pas la première fois que Richard Taxquet tenait ce genre de propos. La réponse, surprenante, de José Happart n'allait pas attendre: il affirmait disposer d'éléments financiers montrant que Cools aurait été impliqué dans une vaste affaire de capitaux noirs. Il expliquait qu'il n'avait aucune confiance en la cellule Cools et qu'il ne remettrait pas les documents. Interrogé le 13 août par la cellule, José Happart confirmait bien avoir passé le fameux coup de téléphone de la fin décembre 1996 mais en minimisait la portée. Mais le député européen ne remettait pas à la justice les documents qu'il disait avoir en sa possession, car "la procédure, compte tenu du secret bancaire de sociétés internationales, rend ma démarche plus lente que je ne l'avais espéré au départ". Rappelons ici que les magistrats instructeurs disposent, eux, des moyens de lever le secret bancaire.
Le 2 octobre 1997, la chambre des mises en accusation de Liège libérait Richard Taxquet en arguant du fait que "des personnes susceptibles d'être inquiétées sont protégées par des immunités parlementaires, certaines allant jusqu'à déclarer aux média qu'elles disposent d'éléments sans vouloir les livrer à la Justice". Fin novembre de l'an dernier, José Happart remettait enfin ses documents, mais au procureur général Anne Thily et pas aux magistrats instructeurs. Depuis six mois, cela ne semble pas avoir bouleversé l'enquête.
La cour de Cassation s'y intéresse
L'affaire se corse encore lorsqu'on saura que José Happart, selon nos confrères du Morgen - bien mieux inspirés ici que dans l'affaire Louf -, ont révélé que José Happart aurait rendu visite en prison à certains inculpés de l'affaire Cools. Ces visites n'auraient pas eu lieu selon les normes légales qui veulent qu'un parlementaire ne peut rencontrer un prévenu en détention préventive qu'avec l'accord du magistrat instructeur et du ministre de la Justice.
Tous les documents concernant cette affaire ont été transmis à la cour de Cassation, sous couvert du dossier Agusta/Dassault. Le conseiller à la cour Francis Fischer, en charge de l'affaire, a encore reçu en janvier de cette année des éléments concernant l'étrange comportement de l'entourage de José Happart. Ainsi, lors d'une émission de RTL-TVI enregistrée en début d'année, la même Brigitte H, qui accompagnait Alain Van der Biest et José Happart, a pris contact avec une personne-clé de l'affaire Dassault/Agusta. Elle s'est présentée comme étant chargée par le parquet de Liège de faire une analyse psychologique des personnes impliquées dans l'assassinat d'André Cools. A Liège, décidément, rien ne se passe comme ailleurs.
Philippe Brewaeys.
UN CONFLIT CLANIQUE AU PS
Le conflit ne date pas d'hier. Au moment de la succession de Léon Giet au poste de procureur général, deux clans s'étaient affrontés au sein du PS. Les uns soutenaient Armand Spirlet, l'avocat général qui, pendant des années, avait tenté de pousser le dossier de l'assassinat dans le bon sens, celui de l'entourage d'Alain Van der Biest. Le clan Happart, lui, soutenait Anne Thily. Suite à d'importantes pressions sur le président du PS Philippe Busquin, cette dernière fut nommée en 1996. Le 29 août de la même année, quelques jours avant l'arrestation de Taxquet et des autres, Brigitte H, la psychologue, Maurice P et les frères Happart ainsi qu'Alain Van der Biest se réunissaient à Liège pour discuter d'informations tendant à faire passer Armand Spirlet pour un pédophile. Depuis, Brigitte H et Maurice P tentent de rencontrer nombre d'intervenants dans les affaires du PS. On retrouve aussi dans cette mauvaise pièce un commissaire du Comité Supérieur de Contrôle, très proche des frères Happart depuis une dizaine d'années. La juge d'instruction Véronique Ancia le soupçonne d'avoir effectué des enquêtes parallèles en se faisant parfois passer pour un membre de la Sûreté de l'Etat et, pire, d'avoir caché certaines informations dans les dossiers dont elle s'occupe. On s'interroge également sur les motifs des contacts entre ce commissaire du Comité Supérieur de Contrôle, Brigitte H et le commissaire de la PJ Raymond Brose, mis à l'écart de l'enquête Cools en septembre 1996.
Ph.B.

L'enquête est ouverte


</B>Le Soir Illustré du 20/5/98
Le jour même de la publication de notre article la concernant, le procureur général de Liège Anne Thily a déclaré, dans un communiqué officiel, qu'à sa connaissance, il n'y avait pas d'enquête ouverte au ministère de la Justice concernant les fuites du parquet général après l'évasion de Marc Dutroux. Quelque temps plus tard, son patron, le ministre de la Justice Tony Van Parijs, confirmait les informations du Soir illustré.
Elle annonçait également qu'elle demandait au procureur du Roi de Liège d'ouvrir une nouvelle instruction du chef de violation de secret professionnel et recel de documents. Cela vise les procès-verbaux du dossier Cools que nous citions pour démontrer les interrogations de certains intervenants judiciaires à propos des liens qui unissent le procureur général, son mari Me Hoge et le député européen José Happart et sur les conséquences que ceux-ci pourraient avoir eu sur l'enquête Cools.
Si cette enquête va jusqu'au bout, le juge d'instruction s'apercevra que ces documents, où l'on ne cite à aucun moment l'affaire Agusta/Dassault, ont été étonnamment transférés du dossier Cools (Liège) vers le dossier Agusta/Dassault (Bruxelles) dans ce dossier par le conseiller de la cour de Cassation Francis Fischer. Ce dernier dossier a ensuite été donné par Eliane Liekendael, procureur général à la cour de Cassation au Parlement wallon, aux inculpés du dossier et à la famille du ministre assassiné. On n'ose croire que l'enquête, imposée par Anne Thily dans son propre arrondissement judiciaire alors que ces documents parlent d'elle, remontera jusqu'à son supérieur hiérarchique direct, Mme Liekendael.
Tant le procureur général de Liège Anne Thily que le député européen José Happart, dans un même communiqué de l'agence Belga, une proximité qui a été diversement appréciée dans la haute magistrature, disent étudier la possibilité de poursuivre l'auteur de l'article. L'enquête qu'Anne Thily a demandé à son parquet démontre pourtant que ces documents sont bien réels.
José Happart, quant à lui, a expliqué qu'il n'avait rencontré aucun inculpé en prison mais qu'il avait simplement introduit une demande, refusée, pour rendre visite à Alain Van der Biest derrière les barreaux. Nous prenons note de ce démenti en contradiction avec certains témoignages.
Enfin, visant l'auteur de l'article, il terminait en précisant: "Je ne comprends pas à quel jeu il joue. Je crois qu'il cherche à obtenir la peau d'Anne Thily mais mais je ne sais pas pourquoi. Il est certain de la culpabilité d'Alain Van der Biest, et moi je suis persuadé du contraire". Signalons à l'éminent représentant du peuple qu'il ne s'agit pas d'un jeu et encore moins d'un problème de conviction. Alain Van der Biest est inculpé pour l'assassinat d'André Cools par la juge Ancia, ainsi que ses deux plus proches collaborateurs au cabinet, Richard Taxquet et Pino Di Mauro. On a pu lire dans le dossier tunisien son rôle central dans la préparation de l'attentat qui a coûté la vie au ministre d'Etat. Il est vrai que la justice, dans ses recherches pour la vérité, est très loin, elle, d'avoir l'indécence de dire qu'André Cools a tué André Cools.
Ph.B.



Le Soir Illustré du 7 avril 1999

L'abuseur abusé


José Happart, député européen jusqu'au 13 juin prochain, est mal pris, très mal pris. Les documents que lui a remis Horst Hermann, qui accusait André Cools de participer à des circuits de blanchiment d'argent à l'échelle internationale, sont des faux. Mais les liens très étroits qu'il entretenait avec l'escroc posent aujourd'hui de graves questions quant à la moralité politique du Columbo de Fourons.
Dans son bureau du Parlement européen, José Happart n'en démord pas: "J'ai connu Horst Hermann fin 1996, début 1997. C'est un homme qui est venu de nulle part qui m'a abordé dans un restaurant alors qu'il déjeunait avec des hommes d'affaires de mes amis. Il m'a dit qu'il disposait de fonds importants, qu'il voulait investir en Wallonie et, plus particulièrement, dans la région liégeoise pour créer des emplois. J'ai été naïf. J'ai baissé ma garde car mon tendon d'Achille, c'est l'emploi dans ma région". Lors de notre rencontre suivante, il reconnaîtra cependant qu'il connaît Horst Hermann depuis plus longtemps, en fait depuis la fin de l'année 1995. Néanmoins, dans son rôle de victime, José Happart est très fort. On a presque envie de pleurer avec lui.
D'autant qu'un de ses vieux amis, qui a déjà travaillé avec le père Happart dans les Unions Professionnelles Agricoles (UPA), nous confirme avoir présenté Horst Hermann à José Happart au Cheval d'Or, un restaurant près du Palais de Justice de Liège.
Dans un restaurant italien de Grâce-Hollogne, Serge C. et son copain Joseph Voets, échevin des Sports de la commune, eux, n'en reviennent pas: "C'est tout à fait faux. Nous avons connu Horst Hermann à l'automne 1995 dans le cadre d'un projet industriel. Il devait le financer et nous voulions qu'il s'installe dans le zoning de Grâce-Hollogne. Après un voyage d'étude à Dunkerque, nous sommes allés voir, à deux, José Happart pour qu'il nous appuie à la Région wallonne. Nous lui avons parlé de Horst. Et peu après, nous le lui avons présenté dans son bureau en Féronstrée. Ensuite, nous avons été mis quelque peu à l'écart".
Des liens toujours plus étroits
Pourquoi masquer cet aspect des choses? Parce que, dès le début, il y a un lien entre Horst Hermann et Grâce-Hollogne, la commune d'Alain Van der Biest? Et qu'il prend une coloration toute particulière dès lors que, près de deux ans plus tard, Horst Hermann fournira des faux documents qui permettront à José Happart de faire une nouvelle fois dévier l'enquête sur l'affaire Cools et, plus précisément, de mettre à l'écart Alain Van der Biest et Richard Taxquet?
Toujours est-il que José Happart va véritablement "flasher" sur Horst Hermann. "Je lui ai écrit quelques lettres, 3 ou 4, pour lui souhaiter la bienvenue à Liège". Mais le député européen refuse de nous en remettre des copies. Sans doute parce que ce ne sont pas des lettres de bienvenue. En effet, le 12 janvier 1996, c'est un véritable appui qu'il apporte à "Horst", comme il dit: "Comme suite à nos conversations lors de nos deux dernières rencontres, au cours desquelles vous m'avez présenté vos "lettres de créance" qui me confirment votre capacité financière et votre solvabilité, je peux vous attester que je suis très intéressé à poursuivre des entretiens économiques dans notre région wallonne en général, liégeoise en particulier".
"En tant qu'administrateur de l'Aéroport de Liège-Bierset, je peux vous confirmer que les dirigeants de l'Aéroport sont également intéressés par le développement d'un partenariat avec votre Société".
"Pour ce qui est d'autres types de développements industriels, en tant que Membre dirigeant du Parti Socialiste Wallon en relation avec les instances dirigeantes de la Région et de l'État fédéral, je peux vous dire qu'au cours des conversations que j'ai échangées avec les différents Ministres, nous pourrions envisager une collaboration active avec votre Société et la Région Wallonne en vue de développer notre capacité économique et industrielle".
Le "génie wallon" a moins de flair que les responsables de la ville de Bruges. Deux jours avant la lettre dithyrambique de Don José, celle-ci a en effet mis fin à un projet immobilier de Horst Hermann dans la Venise du Nord. Pour cause d'absence de crédibilité, justement, des "lettres de créance" bancaires de Horst Hermann.
Le "milliardaire" n'avait qu'un clou... mais doré
À ce moment-là, José Happart ne pouvait évidemment pas savoir. Il utilise donc son réseau relationnel pour mettre le pied à l'étrier à son nouvel ami. D'une part, Horst Hermann affirme avoir le soutien d'une banque américaine pour financer les investissements qui se font à l'époque à l'aéroport. Cela ne donnera rien. D'autre part, José Happart pousse son ami Horst auprès de fonctionnaires socialistes qui gèrent la reprise du Val Saint Lambert. Là encore, l'affaire va capoter, les fonctionnaires comme les curateurs ne tenant pas compte de l'introduction happartiste: Hermann, le multimilliardaire qui va créer plein d'emplois en Wallonie, se révèle incapable de mettre sur la table les 25 millions de francs qu'on lui demande de déposer en garantie. Mieux, la Région wallonne charge la société Dun & Bradstreet de vérifier la crédibilité financière de la société suisse dont Hermann se prévaut. Elle n'existe pas en Suisse, mais à Vaduz au Liechtenstein. Son capital est seulement de 50.000 francs suisses, un bon million de francs belges. Et Horst Hermann ne la dirige pas, contrairement à ce qu'il affirme. Deux affaires donc, deux échecs.
José Happart ne se décourage pas, puisqu'il présente son ami à Robert Collignon, le ministre-président de la Région Wallonne. Le Fouronnais ne se souvient plus, aujourd'hui, s'il l'a aussi présenté aux autres ministres. "C'était fou", nous racontent deux hommes d'affaires, qui fréquentaient Hermann à l'époque. "On appelait José Happart Le Chien. Il suffisait que Horst l'appelle au téléphone pour qu'il soit là dans les dix minutes qui suivaient. Un jour, il a appelé José Happart pour véritablement l'engueuler parce que ses contacts pour le Val ne donnaient pas les résultats escomptés. Horst a véritablement poursuivi Robert Collignon, même lorsqu'il était à l'hôpital, pour son affaire du Val". Malgré tout, et heureusement pour cette entreprise, Horst Hermann ne la reprendra pas.
C'est toujours au printemps 1996 que Horst Hermann reprend le Clou Doré, un immeuble de prestige au Mont Saint-Martin à Liège, avec l'argent d'une société de haute technologie de Herve, qu'il proclame urbi et orbi avoir rachetée. Le patron de cette société n'a pas encore réussi, en mars 1999, à se remettre totalement de cette opération financière foireuse.
Les mafieux sabrent le champagne
Les réceptions vont se succéder, somptueuses. Pour fêter son arrivée à Liège et l'anniversaire de sa femme Sany, plus d'une centaine de personnes sont présentes, parmi lesquelles une série de proches de José Happart et, bien sûr, le Fouronnais. Y viennent aussi des Russes, des Allemands, des Italiens, des Mexicains. On y ouvre les bouteilles de champagne au sabre. "C'est à une de ces fêtes que j'ai compris qu'il me fallait m'écarter de Horst Hermann", nous précise un ami de trente ans de José Happart: "Pour moi, il y avait des mafieux à cette fête. J'ai rompu et je n'ai plus jamais voulu qu'on me reparle de ce sinistre individu après l'été 1996".
Une autre bonne connaissance de José Happart, Léon Lewalle, l'ancien patron de la SMAP, inculpé par la juge Ancia pour des malversations financières, est même prévu pour prendre la tête de la banque que Horst Hermann va évidemment lancer à Liège. "Je suis allé plusieurs fois dans les bureaux, mais il n'y avait jamais rien à faire, Horst n'étant pas là. Ne voyant pas ce que je pouvais apporter, je n'ai plus continué", souligne Léon Lewalle. Surtout qu'un jour, il a des problèmes de freins avec la Saab que Hermann a mise à sa disposition. Il l'apporte au garage et s'aperçoit ainsi que Horst n'est pas le propriétaire de la voiture!
Pendant cet été 1996, un nombre invraisemblable de clignotants vont s'allumer autour de Horst Hermann. Avec une société d'engineering liégeoise, il a un projet immobilier au Mexique. "Un superbe projet", selon un des patrons de la société. "Mais Horst nous a littéralement carbonisés auprès des Mexicains". Idem pour une autre entreprise de la région, intéressée par ce même projet mexicain.
En juillet 1996, il part en Roumanie avec des hommes d'affaires liégeois et un financier de Milan pour participer au rachat des fermes autour de Bucarest et de l'abattoir de la capitale roumaine. "Le soir à l'hôtel, après la première rencontre, Horst est arrivé en disant qu'il n'allait pas participer au financement, mais qu'il allait carrément racheter la banque, la Credit Bank roumaine", se souviennent les hommes d'affaires. "Là, il nous a épatés. En trois jours, l'affaire était réglée. On se pinçait. Lorsque l'affaire a été conclue, "Le Petit" Horst Hermann s'est levé, et regardant le président de la banque et ses administrateurs, leur a dit "Welcome on board". Mais on a vite déchanté: quelques semaines plus tard, la banque n'avait pas touché un franc, elle a dénoncé la convention de cession. Nous avons perdu tout notre crédit chez les Roumains, auprès du financier milanais et du Danois qui était à l'origine de l'affaire, un des leaders mondiaux dans le secteur de l'agroalimentaire".
Les plaintes font du bruit, Happart n'entend rien
Mais les signaux ne proviennent pas que de l'étranger. Les traiteurs liégeois ou fouronnais, qui alimentent les fêtes du Clou Doré, ne sont pas payés. Pas plus que ceux qui font des travaux d'aménagement du Clou Doré. Certains d'entre eux s'en plaignent d'ailleurs auprès de Horst Hermann devant José Happart, lors de déjeuners au Cheval d'Or. Peu échaudé par son expérience roumaine, Horst Hermann essaye encore d'implanter un établissement bancaire à Liège, avec un banquier suisse. L'affaire tournera court: le banquier suisse est emprisonné en France et son assistant belge chez nous.
À l'été 1996 toujours, Horst Hermann s'associe avec Elmar Schmähling, un amiral allemand à la retraite, présenté à certains comme l'ancien patron du contre-espionnage. L'objectif est de lancer un access-provider d'Internet. Nouvel échec: après trois mois, l'homme est arrêté en Allemagne. Le patron de la société où l'amiral et Horst Hermann avaient installé des bureaux, non content de ne pas avoir encaissé ses loyers, se voit en plus perquisitionné par la PJ de Cologne, accompagnée de la BSR de Verviers. Des renseignements sont pris sur Schmähling mais également sur Hermann.
Car plusieurs plaintes le visent. En avril 1996, Hermann voulait racheter un grand hôtel-restaurant situé sur les hauteurs de Spa: plusieurs plaintes tombent dans cette région pour escroquerie. En juillet, c'est la banque Anhyp qui va trouver les autorités judiciaires pour escroquerie, faux et usage. En août, c'est à Aubel qu'on se plaint des escroqueries de Horst. Suite à un excès de vitesse commis à Waremme avec sa Porsche, on lui retire son permis de conduire "vu vos antécédents judiciaires", précise le procès-verbal.
Dans une ville de la taille de Liège, les rumeurs bruissent facilement. Mais si tous les amis de José Happart cessent de fréquenter Horst Hermann, en raison des relents d'escroquerie et de mafia venue des anciens pays de l'Est, Don José ne voit rien, n'entend rien. "Pourquoi la Justice n'a-t-elle pas agi?" s'inquiète-t-il aujourd'hui. Certes, on peut effectivement se poser la question de savoir si Horst Hermann n'était pas protégé par certains dans la justice liégeoise. Mais on peut surtout se demander comment un rusé comme Happart n'a rien remarqué, alors que tous ses amis se taillaient à toute vitesse de son ami Horst.
Car, à l'automne 1996, des chèques volés par Hermann à diverses sociétés se mettent à circuler et de nouvelles plaintes sont déposées. Une personne est entendue en septembre 1996 par la 6ème division de la police de Liège, une autre en octobre par la PJ. La BSR s'inquiète également, mais tout semble bloqué du côté du parquet ou du parquet général.
C'est à partir de début 1997, selon José Happart, que Horst Hermann commence à lui remettre des documents qui sont censés montrer qu' André Cools était dans une gigantesque affaire de blanchiment d'argent à l'échelle internationale. Ces documents lui arriveront, dit-il, au compte-gouttes, pendant plusieurs mois. C'est quand Richard Taxquet, en juillet de la même année, mettra implicitement en cause la mouvance happartiste dans l'assassinat d'André Cools que José Happart fera connaître publiquement l'existence de ces documents qui, selon lui, doivent changer le cours de l'enquête. Trois mois plus tard, Richard Taxquet sera libéré par la chambre des mises en accusation qui, dans son arrêt, fera plus qu'implicitement référence aux manoeuvres de José Happart.
Entre-temps, Horst Hermann aura avoué au Columbo de Fourons qu'en 1992, il a été condamné en Allemagne pour escroquerie et blanchiment. Tout cela ne perturbe pas José Happart, qui continue à voir assidûment Horst Hermann. Et, lorsque le "multimilliardaire qui va apporter plein d'emplois à la Wallonie" doit péniblement demander un prêt hypothécaire à une société de crédit direct (c'est dire s'il est encore en odeur de sainteté auprès des banques!), le courrier passe par le fax du bureau liégeois de José Happart...
À la même époque, toujours fin 1997, et vraisemblablement aussi avec le support de Don José, c'est la FN que Horst Hermann veut racheter, au moment où les Français de la GIAT décident de se retirer. Inutile de préciser l'issue de cette opération.
L'apothéose des contacts en Algérie
Alors que tous ses amis et connaissances, après quelques semaines ou quelques mois, s'éloignent rapidement de Horst Hermann, José Happart va rester à ses côtés jusqu'à la veille de son arrestation, le 17 mars dernier. Il se sont donc fréquentés pendant trois ans. Mais, plus le temps passait, plus la collaboration entre les deux était étroite. Fin octobre-début novembre 1998, José Happart est ainsi parti, selon lui, à la chasse dans une propriété que Hermann affirmait posséder en Tchéquie. À la fin d'une mission pour le Parlement européen à Vienne, José Happart et Horst Hermann se sont retrouvés dans la ville de Punitz, près de la frontière tchèque. Après deux jours de chasse, ils sont revenus à Bierset avec le jet privé utilisé par Horst Hermann. C'est à cette époque qu'au Parlement européen, certains commencent à s'inquiéter et nous parlent de leur méfiance pour "l'entourage mafieux" de José Happart.
Quelque temps plus tard, Horst Hermann a installé ses bureaux à l'aéroport de Bierset. Avec sa société Punitz Flug, il affirmait vouloir se servir de l'aéroport de Bierset comme d'une base pour organiser des chasses payantes en Tchéquie. Mais il avait encore d'autres projets pour l'aéroport. D'une part, il avait fait la connaissance d'un homme qui avait travaillé pour la Commission européenne dans les programmes d'aide humanitaire ECHO. Hermann voulait dès lors se lancer dans l'aide humanitaire au Kosovo. Et son ami Happart lui a donné un petit coup de pouce auprès de la Commission européenne. Il a ainsi loué un avion russe, un Antonov 12, à une société britannique. Celui-ci est resté sans bouger pendant deux mois sur l'aéroport, jusqu'à la mi-février dernier. Le programme ECHO étant au centre de la tourmente de la Commission européenne, rien n'a fonctionné.
Jamais en panne d'idées, il s'est alors retourné vers l'Algérie. Il s'agissait cette fois d'un projet de transport de passagers. "Via Horst, j'ai rencontré un homme d'affaires algérien à Bierset et j'ai fait venir quelqu'un du staff de Bierset pour voir si le projet pouvait tenir. Je suis parti en Algérie avec Horst Hermann mais j'ai payé mon billet d'avion moi-même, vous pouvez le vérifier dans la comptabilité du Parlement européen. À Alger, je suis allé présenter le projet de Horst Hermann au ministre des Transports. Cela pouvait permettre de développer l'aéroport, jamais personne ne m'a dit que c'était du bois".
Hermann, pour sa part, dans la région de Ghardaïa, pète véritablement les plombs devant les autorités algériennes, auxquelles il déclare qu'il est à la tête d'un groupe qui, à Liège, a réalisé un chiffre d'affaires de 6,2... milliards... de dollars, près de 240 milliards de nos francs. Rien moins. Il va racheter un hôtel, des plantations, construire des usines et transformer l'aéroport de Ghardaïa en lieu de transit entre Bierset et l'Amérique latine. Pour la compagnie d'aviation qu'il possède, bien sûr. Horst Hermann a d'ailleurs montré à certains hommes d'affaires une cassette vidéo tournée en Algérie et qui montre la proximité entre lui et José Happart. La cellule Cools devrait avoir mis la main sur cette cassette lors de la perquisition du Clou Doré.
Tant au conseil d'administration qu'au comité de direction de l'aéroport de Bierset, on n'a jamais entendu parler de ce fumeux projet. Seul le directeur commercial a assisté à la réunion avec Happart, Hermann et l'homme d'affaires algérien. Le projet était tellement vaseux qu'il n'a pas voulu faire perdre son temps au directeur de l'aéroport, Luc Partoen. "Les projets de Horst Hermann n'étaient que de la fumisterie", nous a déclaré ce dernier. "José Happart est allé en Algérie à titre personnel, sans avoir la casquette de président de l'aéroport. Il m'a dit qu'il était invité par les autorités". Le directeur de Bierset a d'ailleurs dû l'expulser de l'aéroport après son arrestation, aucun loyer n'ayant été payé et les statuts de Punitz Flug n'ayant jamais été déposés...
Fin décembre 1998 encore, Hermann a tenté de reprendre une petite société de produits frais. Incapable d'aligner un gros million. Fin février, c'est sur le château d'Angleur de Marc de la Brassinne, avocat général suspendu et suspecté par Anne Thily de pédophilie et d'assassinat, suspicions levées depuis, qu'il jette son dévolu. "Il m'en proposait 25 millions, mais je n'ai même pas reçu d'offre écrite. Par contre, mon banquier (un des tout premiers établissements bancaires du pays, ndlr) m'avait dit de m'en méfier parce qu'il avait une grosse dette chez lui mais qu'il était très appuyé au niveau politique, qu'il était le bras droit de José Happart".
La veille de son arrestation, Horst Hermann rencontrait le directeur d'une société de développement de Flémalle, avec de multiples projets plein la tête. Il est plus que vraisemblable qu'il savait que cette société de développement est présidée par... Marcel Cools. Pourquoi l'homme qui a trafiqué des documents fournis à Happart pour salir André Cools tentait-il une approche de son fils?
"J'ai été naïf, j'ai baissé ma garde parce que mon tendon d'Achille, c'est l'emploi en Wallonie". Pendant plus de trois ans, José Happart n'a cessé de se rapprocher de Horst Hermann. Sans rien remarquer. Est-ce crédible? A-t-il, au cours de ces trois ans, vu un projet de Horst Hermann qui ait fonctionné? "À ma connaissance, rien n'a jamais marché", nous a-t-il avoué, piteux, se présentant comme la première victime de l'escroc. Mais victime, l'est-il réellement? On attend avec impatience qu'il dépose plainte contre celui qui a déclaré à la cellule Cools avoir rédigé les faux documents de sa propre initiative.
Philippe Brewaeys.
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Henry
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Date d'inscription: 02/06/2007

MessageSujet: Re: Articles de presse liés a Brewaeys   Jeu 21 Jan - 23:53

De bons articles, merci à troudbal2000 de les avoir replacés
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piotr
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Date d'inscription: 23/03/2009

MessageSujet: Re: Articles de presse liés a Brewaeys   Ven 22 Jan - 0:03

et one fart de bienvenue à lui... pig tous en coeur !
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