"Homicide 31 au coeur de l'affaire Alègre, l'ex-directeur d'enquête parle", Michel Roussel, Denoël Impacts, 225 pages, 17 euros
Affaire Alègre: la longue quête de l'adjudant Roussel
En butte à la critique sur ses méthodes de travail, estimant avoir été volontairement écarté de la "seconde" affaire Alègre, portant sur des faits de "viols et proxénétisme aggravé" dans lesquels des personnalités ont été mises en cause par d'anciennes prostituées début 2003, l'adjudant Roussel, âgé de 43 ans, a fait valoir ses droits à la retraite le 13 octobre dernier.
Dans son témoignage, un récit chronologique écrit "au nom du devoir de vérité dû aux victimes", il revient sur les étapes, difficultés et dysfonctionnements d'une enquête "hors-normes" commencée avec l'arrestation de Patrice Alègre en 1997 .
Son seul but, explique-t-il, est de faire reconnaître l'impérieuse nécessité d'enquêter sur tous les cas de meurtres, décès suspects ou disparitions entre 1985 et 1997 recensée par la cellule "Homicide 31". S'il n'en cite pas le nombre, le total est vertigineux: 191 dossiers, avait indiqué la gendarmerie en juin 2003.
Pas à pas, au fil des dossiers de meurtres, l'ancien gendarme retrace méticuleusement la genèse de ce que l'on appelle aujourd'hui l'affaire Alègre: identification puis interpellation du tueur en série, des aveux autant parcimonieux que laconiques, la longue gestation de la cellule et les oppositions qu'elle suscite...
Amertume
Dans la seconde partie du livre, Michel Roussel en vient au sulfureux volet des accusations de Patricia et Fanny. Même s'il s'en défend, l'amertume devient omniprésente.
Il explique d'emblée qu'il "ne croit pas" que tout ce qu'elles ont "déclaré soit vrai" mais l'ex-adjudant considère qu'à "plusieurs reprises, on m'a fait comprendre qu'il ne fallait pas rechercher de nouveaux témoins susceptibles de recouper des déclarations gênantes, que je devais même +tamiser+ les témoignages".
Michel Roussel termine en livrant sa réflexion sur l'affaire. "Dès que +l'affaire Baudis+ a éclaté au grand jour, le travail des enquêteurs sur les meurtres a été laminé par une vague de fond irrépressible. +L'affaire Baudis+ est venue enfouir la véritable affaire Alègre dans une sorte de brouillard opaque (...). Ce brouillard dissimule une réalité sordide, celle de crimes de sang.", écrit-il notamment.
"Dominique Baudis a-t-il été l'arbre utilisé pour cacher la forêt? Son implication brutale dans un dossier sulfureux a-t-elle été un leurre (...)", s'interroge l'ancien gendarme.
Reste aussi un portrait sans fard de Patrice Alègre: "Ce n'est pas son intelligence, guère supérieure à la moyenne, qui lui a permis de devenir un tueur en série, mais bien plutôt la légèreté de la police et de la gendarmerie dans les années 90", dit-il.
(Radio France, La radio du livre, 23/1/2004)