Pascal Meunier
Un témoin de l'enlèvement de fillettes est décédé d'une mort suspecte
De Morgen. 14/01/1998. Depuis 9 ans déjà, les parents de Pascal Meunier de Gosselies mènent un combat acharné mais vain pour la réhabilitation de leur fils. Le 4 juin 1989, le corps de Pascal (24) fut retrouvé dans un dancing au centre de Charleroi. D'après le médecin légiste, le garçon est mort d'une overdose d'héroïne , mais au vu des photos du cadavre et selon le médecin de la famille Meunier il y a des traces très manifestes de blessures.
Deux semaines avant sa mort, Pascal avait été témoin dans une enquête sur enlèvement et viol de deux filles mineures dans le petit village de Rosée, le 22 mai 1989. Un des auteurs indiqués par lui était l'homme d'affaires [[L.V.]] de Walcourt. Après qu'ait éclaté l'[[affaire Dutroux]], le parquet de Neufchâteau s'est intéressé à ce même [[L.V.]] Dans la maison de [[Dutroux Marc]] à Sars-la-Buissière a été trouvé une indication menant vers [[L.V.]] Selon divers témoins, les deux hommes se rencontraient régulièrement, et ils avaient en commun des projets pour un trafic de jeunes femmes. [[NIHOUL Michel]] aussi aurait bien connu [[L.V.]] Avant les faits signalés par Pascal, [[L.V.]] n'avait jamais été poursuivi, ses comparses bien.
Par une nouvelle enquête sur les circonstances dans lesquelles Pascal perdit la vie, Neufchâteau espérait, fin 1996, apporter un peu plus de clarté sur les rapports éventuels existant entre la bande Dutroux et la bande autour de L.V. La façon dont le parquet de Charleroi classait chaque fois dans les années quatre-vingts les nombreuses plaintes contre L.V. éveilla l'attention. Une requête en réouverture de l'affaire Meunier a été refusée le mois dernier par le parquet de Charleroi. Du coup, toute l'enquête connexe 96/139 se trouvait bloquée. Comme on le sait, De Morgen a décidé de passer à la publication d'informations provenant des dossiers connexes de l'[[affaire Dutroux]], après des indications manifestes de ce que ces dossiers sont actuellement à l'arrêt. Cette thèse est fortement critiquée de plusieurs côtés. L'hebdomadaire français Paris-Match se met à publier maintenant aussi sur les dossiers connexes. La journaliste Caroline Mangez y cite deux coordonnateurs des enquêtes menées par Neufchâteau: le [[major Guissard]] (gendarmerie) et le [[commissaire Zimmer]] (PJ). A la question sur l'état actuel des enquêtes qui avaient été ouvertes suite aux déclarations entre autre de X1, ils disent: "Tout est à l'arrêt( ...) Lors de la vérification de ces témoignages, il existe des freins juridiques, étant donné que les personnes citées jouissent de certains privilèges. Nous ne sommes que les instruments des magistrats. Ces paroles ont été reprises par Paris-Match avant le démarrage de notre série d'articles.
=====le garçon qui voulait faire une bonne action=====
Tout ce que Pascal Meunier voulait faire, c'était sauver la vie de deux filles. « Nous ne demandons pas qu'on délivre une médaille à titre posthume, dit son père André Meunier.'Du moment qu'ils veuillent simplement -ne fut-ce qu'une seule fois- affirmer que mon fils ne consommait pas de drogue, Là nous serions déjà très contents'.
C'est le 21 mai 1989. Dans un café de la Ville Basse de Charleroi, pascal Meunier (24) boit un verre avec des copains, quand il voit que deux fillettes sont entraînées dans une voiture par deux individus. Pascal fait ce que les autres clients lui déconseillent: il intervient et se met à crier fort. Un des deux le regarde un instant et dit: "Fais bien attention, toi." La voiture démarre avec les deux fillettes sur les siéges arrière. Pascal note le n° de plaque sur son bras gauche. Les clients du café déclarent Pascal fou, lorsque celui-ci annonce qu'il va prévenir la police. Car les deux hommes sont connus comme dangereux et pas fort disposés à pardonner. Deux jours plus tard, on demande à Pascal de procéder dans les bureaux de la BSR de Charleroi à l'identification du duo de kidnappeurs. Le sale type qui l'a menacé est un PDG. surnommé Paolo, semble-t-il. L'autre est manifestement plus âgé, porte un costume sur mesure et s'appelle L.V. Dans les bureaux de la BSR, Pascal apprend ce qui s'est passé ce soir du 22 mai. L.V. et P.D.G. sont partis avec les deux fillettes à Rosée, un petit village au sud de Charleroi. De sa voiture, L.V. a loué une chambre d'hôtel. Laurence (17) et Sylvie (16) ont été droguées et longuement violées. PDG a pris des photos et il a menacé de les montrer à leurs parents, si elles leur en parlaient. Une des filles sut s'emparer un petit canif, occasionna une éraflure à la gorge de PDG et sauta sans habits par la fenêtre du premier étage. Elle se brisa le bras, mais sut se cacher. Son amie profita du désordre provoqué pour se sauver. Les deux hommes se mirent à sa poursuite et la rattrapèrent. Elle fut emmenée à Charleroi par L.V., lequel déposa son complice blessé dans une clinique. L'autre fille réussit à alarmer des voisins à Rosée. Le lendemain matin, la gendarmerie parvint à intercepter L.V.
et P.D.G. Le juge d'instruction dinantais Delvaux accusa PDG de viol et atteinte à la pudeur, L.V de complicité.
La situation en est là, lorsque Pascal entre en scène comme témoin. 'Si seulement il ne l'avait pas fait', soupire le père André Meunier. 'Durant la confrontation __dans les bureaux de la BSR__, nota bene, PDG a menacé mon fils clairement de mort. Il a dit: d'ici deux semaines, tu es mort !'
=====Héroïne avec effets secondaires=====
Douze jours plus tard, Pascal Meunier est mort. Ce samedi soir 3 juillet, il a quitté la maison en compagnie de son frère et de la copine de celui-ci. Ils marchent un peu. Le premier arrêt c'est le dancing 'Jimmy's', dans la fameuse Ville Basse de Charleroi. Pascal paie la première tournée. Les verres sont à peine déposés sur table, que quelqu'un demande à Pascal de venir a l'entrée du dancing. Le frère et sa copine s'inquiètent, cherchent toute la nuit, mais ne revoient plus Pascal. La matinée est déjà bien avancée lorsqu'un portier de dancing voit un garçon accroupi devant un étalage. Il donne une petite secousse au pauvre gars apparemment ivre-mort. Comme une poupée raide, le garçon tombe à la renverse. «Dans l'après-midi, nous avons dû aller l'examiner à la clinique, rappelle André Meunier. «Je croyais toujours qu'on enveloppait un cadavre dans un linge ou quelque chose comme ça. Pas chez nous. 'Reprenez le vite, dirent-ils. Je leur demandai ce qui s'était passé. Vous le savez bien, dirent-ils: une overdose.» L'héroïne, on sait qu'elle peut avoir des effets secondaires fâcheux. Mais qu'on en attrape des hémorragies, nous ne le savions pas. C'est pourtant ce que papa et maman Meunier ont clairement pu voir sur le visage de leur fils sans vie. L'acte de décès est dressé par le Dr. Beauthier de Charleroi. Il ne souffle mot des blessures. Il attribue le décès aux suite d'une overdose d'héroïne. On n'effectue pas
d'autopsie. Dr Beauthier s'est limité à un examen externe et à une prise de sang. Lorsque le pére et la mère Meunier entendent cela le 6 juin [[1989]], ils envoient le frère rechercher l'appareil-photo. 'Nous avons pris des photos juste avant qu'on referme le cercueil', dit papa Meunier. Il les sort d'une enveloppe. Ce que nous voyons est le visage reposant paisiblement de Pascal, avec au milieu une hémorragie assez patente. Bien sûr, il peut également être tombé après son overdose. 'Non', dit papa Meunier avec véhémence. A nouveau, il fouille dans l'enveloppe. Ce qu'il en ressort maintenant est un certificat que le docteur de famille des Meunier a rédigé le 7 juin. Lui aussi a examiné le corps. Le Dr Brickmanne atteste: «Le corps présente des traces manifestes de meurtrissures frontales (...) Le crâne est enfoncé ( ..) des meurtrissures dans le cou et à l'oreille gauche ( ..) Toutes ces constatations me font conclure qu'il peut s'agir d'un décès suspect, et que la mort a vraisemblablement été provoquée par l'administration d'un ou plusieurs coups à l'aide
d'objets de frappe». Le Dr.Brickmanne conseille une autopsie, mais au palais de justice de Charleroi, le procureur Backeland l'estime superflue.
Quatre ans plus tard a lieu le procès du viol de Laurence et Sylvie, au le tribunal de Namur. Sur le banc des accusés ne se retrouve que P.D.G., L.V. a été libéré 2 jours après son
arrestation, en mai 1989. Il ne devra jamais se justifier pour les faits à Rosée. Au cours
du procès, une des jeunes-filles prend la parole: «Je veux encore ajouter quelque chose, Monsieur le Président, au sujet de ce soir où nous avons été enlevées à Charleroi. De la trentaine de clients du café qui ont vu ce qui se passait, il n y en a qu'un qui est intervenu. Ce garçon a été confronté aux suspects et quinze jours plus tard, il a été tué. On n'a jamais fait de réelle enquête à propos de sa mort.
=====L'ami de Marc Dutroux=====
En août et septembre 1996, le parquet de Neufchâteau fait effectuer une quinzaine de perquisitions dans la maison de Marc Dutroux à Sars-la-Buissière, où les corps de Julie et Mélissa ont été déterrés. A l'une de ces occasions, les enquêteurs de Neufchâteau tombent sur un exemplaire de la revue Actuel. C'est un vieux numéro jauni, et sur la couverture se trouve écrit: I 130. La revue date de la période où [[Dutroux Marc]] était écroué à la prison de Jamioulx. 11 y a là une cellule qui porte ce numéro. L'ex-occupant de le cellule est retrouvé. Il ne sait pas renseigner grand-chose d'utile, sauf que son ami G. sait beaucoup de choses sur Dutroux. G. comprend d'avance à quoi il doit la visite de la BSR. 'Vous venez certainement pour L.V.' L.V. est l'homme au costume sur mesure que Pascal Meunier a fait écrouer brièvement par sa déposition. Selon G., Dutroux était en contact très étroit depuis sa libération en [[1992]] avec le richissime et fort influent commerçant en aliments, de Walcourt. L.V. et Dutroux se rencontraient souvent au café Le Prince de Liège, dans la ville basse de Charleroi. Selon G., L.V. est connu dans la région comme un pédophile très violent, ne sachant se contenir. '//Un jour il a fait tatouer son nom sur le vagin d'une des filles enlevées à sa demande. Cette homme fait ce qu'il veut depuis des années.//'
Des récits de ce genre, à Neufchâteau on en reçoit très souvent à cette époque. Mais l'intérêt pour L.V. augmente, lorsqu'un témoin observe que le grec Diakostavrianos Michaël, un comparse de Dutroux Marc, a circulé tout un temps avec la citroën grise CX de L.V. Le juge d'instruction [[Connerotte Jean-Marc]] ouvre un nouveau dossier connexe (96/139). Le tandem Bourlet-Connerotte pense pouvoir suivre la même tactique que pour les déclarations de X1.
Pour s'introduire jusqu'au supposé 'réseau', ils se concentrent sur un dossier bien déterminé. Si dans les déclarations de X1 c'est le meurtre de [[Van Hees Christine]], alors la mort mystérieuse de Pascal Meunier doit donner lieu à la poursuite d'enquête en direction de L.V. et ses comparses.
Le nombre d'indications que L.V. est une bonne connaissance de Dutroux augmente. Ainsi il apparaît que la rare fois que L.V. arrive derrière les barreaux fin [[1986]], il tombe dans une cellule juste à côté de celle de Dutroux. Dans les mois qui suivent, comme on le constatera plus tard, on voit L.V. et Dutroux souvent ensemble dans les environs de la maison de [[Dutroux Marc]] sur la Route de Philippeville. Que Dutroux fréquente assez souvent le café de L.V., comme le détenu G. l'affirme, est confiré par un chauffeur de taxi. 11 se souvient qu'il a plusieurs fois pris en charge un couple de Marcinelle au café Prince de Liège, et où il les déposait. Le chauffeur de taxi y reconnaît [[Dutroux Marc]] et [[Martin Michelle]]. Le chauffeur de taxi s'est souvenu de quelque chose: Dutroux me donnait toujours 500 francs, le double du tarif. Les enquêteurs supposent que Dutroux considérait le pourboire comme l'argent du silence, car l'enquête a révélé que Dutroux a toujours été très radin.
=====Et voilà Michel NIHOUL=====
Contrairement à Marc Dutroux ou [[Nihoul Michel]], on ne peut pas dire de L.V. qu'il est un belge connu et mal famé. Pourtant fin [[1996]] de nombreuses infos rentrent au parquet de Neufchâteau à son sujet. On y indique que L.V. et [[Nihoul Michel]] non seulement se ressemblent de manière frappante, mais se connaissent également fort bien. Selon divers témoins, les deux hommes allaient en [[1989]] déjeuner ensemble au moins une fois par semaine, dans un snack bar de la Tour Rogier, à Bruxelles, où [[Nihoul Michel]] dirigeait à
l'époque sa radio libre JMB. A Charleroi L.V. et Nihoul se rencontraient souvent à l'établissement Le Carré Blanc. C'est un club qui est principalement fréquenté par les notables de Charleroi. L.V. y est un client qu'on aime bien. Il fournit des denrées alimentaires à divers services publiques. Lorsque les enquêteurs vont voir fin 1996 au greffe de Charleroi, ils tombent sur les vêtements que Meunier portait la nuit du 4 au 5 juin 1989. Son blouson est effiloche d'une façon étonnante et porte des ??ploquets?? de terre glaise. Cela peut indiquer que le corps a été trainé par terre. Pendant toutes ces années, le blouson n'a jamais été vraiment analysé. Au greffe, il y a également quelques dias. Ce sont
les dias avec lesquelles le père Meunier a essayé de prouver son bon droit. L'intention était qu'elles soient reproduites et agrandies en photos imprimées, mais cela ne s'est jamais fait.. Le 16 mai 1997, on entend le médecin légiste Beauthier. Il s'en tient à sa version: c'était une overdose. Les traces de coups ont été administrés, d'après lui, post mortem.
Le père et la mère Meunier restent avec un tas d'interrogations. Qui s'occupe des blessures d'un cadavre ? Que s'est-il passé pendant les heures entre la disparition de Pascal, un peu avant minuit, et la découverte de son cadavre à cinq heures du matin ? 'Les copains de Pascal ont passé tout le quartier au peigne fin', raconte le papa Meunier. 'Pascal a élé retrouvé cinq heures plus lard à 28 mètres de l'entrée du dancing. Normalement, ils auraient dû le découvrir bien plus tôt. Mon fils a-1-11 été enlevé et drogué ? Je n'en sais rien. Je sais seulement que jamais personne ne s'est donné la peine de chercher à savoir.'
Le mois dernier, le procureur Marchand de Charleroi a décidé que l'enquête sur la mort de Pascal Meunier ne sera pas réouverte. Tout indique que, de ce fait, il en ira de même avec le dossier 96/139.