| | | Qui a lu le livre de Guy Bouten ? | Lun 30 Nov - 13:49 par Belgium1point | Un travail de bénédictin qui analyse dans le contexte de l'époque et qui propose une vision à large spectre des affaires reliées aux "Tueries du Brabant".
Voilà ce que propose l'auteur, le journaliste d'investigation Guy Bouten, pour tenter de dénouer cette énigme qui, plus de 25 ans après les faits, reste toujours en défaut de coupables.
Contrairement à certains journalistes de la presse écrite qui ont commis depuis 5 jours des articles descendant le livre [Gilbert Dupont de la DH en tête, normal sa famille était amie avec le major Bougerol] ou qui n'ont rien écrit du tout car jugeant "à priori" le livre inutile [comme Marc Mettepenningen du Soir qui est arrivé aviné à la conférence de presse] ou encore ceux qui ont écrit un article sur un livre qu'ils n'ont pas lu [Vers l'Avenir, Belga et 7 Dimanche,...], avez-vous lu les 858 pages de cette brique qui fera date dans la genèse de cette affaire d'État ?
Moi, oui.
Le livre est passionnant du début à la fin : mise en page soignée, découpée en chapitres rédigés dans un style vif, percutant, sans fioriture.
La grande qualité du travail de l'auteur est d'avoir restitué les faits dans leur contexte en étant revenu sur les lieux, en recherchant et en trouvant des témoins directs, des voisins ou des personnes vivant dans l'entourage proche : on se croit littéralement dans le récit, par ailleurs minutieusement documenté.
Sa théorie est celle de la stratégie de la tension, alimentée par la CIA via les réseaux de veille Gladio et "Stay-Behind", d'une reprise en mains de la Belgique, sous couvert de lutte contre le communisme [un danger bien réel à l'époque, un peu comme les islamistes aujourd'hui] pour doter notre pays, fort exposé via l'OTAN et les institutions européennes et internationales présentes sur notre territoire, d'un arsenal matériel et humain apte à se défendre.
Basée sur la théorie du contrat et faisant appel à des exécutants temporaires, il fallait, outre un pôle dirigeant des relais opérationnels sur le terrain, une cellule logistique avec 2 chevilles ouvrières : les deux [ex-]gendarmes de le section drogue de la BSR Bouhouche et Beijer, en charge des aspects pratiques [plan, recrutement des hommes, fourniture en armes, matériel, ...]
Quant aux auteurs et complices, ils furent sollicités parmi le milieu criminel belge [la famille De Staercke au sens large et même Haemers, notamment], chacun individuellement pour des tâches ponctuelles pour un des faits rapportés aux Tueries.
Ainsi, tous étaient impliqués sans être responsables de l'ensemble. Tout simplement machiavélique.
Aujourd'hui, on se demande pourquoi la Cellule de Jumet n'a jamais jugé utile de faire ce genres de reconstitutions et recoupages... La raison d'État sans doute ?
Deux exemples très frappants autour des 2 personnages clés : le mythomame-barbouze Bob Beijer, responsable du recrutement et "repéreur" et le parano-manipulateur Madani Bouhouche, pourvoyeur en armes, voitures volées et stratège "terrain".
En dehors du procès pour l'assassinat du convoyeur Francis Swartz pour lequel ils ont été condamnés, ces deux zèbres n'ont jamais été mis sous
le feu de leurs nombreuses contradictions pour les attaques malgré des preuves formelles collectées lors des auditions de témoins, au cours de
perquisitions et sans parler des ressemblances tellement manifestes avec certains portraits robots [le n° 17 pour Bouhouche, le portrait robot paru dans le Grens-Echo juste après l'attaque de la caserne à Vielsalm en 1984 dans le cadre de l'opération Oesling pour Beijer].
Beijer coule des jours tranquilles en Thaïlande, nullement inquiété par les enquêteurs. Pourtant, après la lecture du livre, c'est un mandat d'arrêt international qu'il aurait du recevoir...
Quant à Bouhouche, décédé en 2005, les enquêteurs n'ont appris son décès qu'un mois après les faits. Il n'était même pas filé ! Une fois sur place, le seul enquêteur dépêché est resté une demi-journée en tout et pour tout, sans interroger personne ni rechercher le moindre indice...
L'ensemble du livre est à l'avenant. Il pose d'excellentes questions, confond les protagonistes, met en lumières les errements et l'amateurisme de la conduite de l'enquête [notamment dans le chef du Procureur de Nivelles, Jean Deprêtre, qui s'est accroché jusqu'au bout à sa théorie des prédateurs isolés], révèle quantité d'éléments capitaux pour mieux relier les faits entre eux.
L'ouvrage est doté d'un index chronologique et d'un répertoire des principaux protagonistes, très utiles à lire pour les non initiés du dossier.
Au final, un travail remarquable, édité par une jeune maison d'édition [les Editions de l'Arbre] qui a pris le risque de le publier et qui, espérons le, fera date et œuvre utile pour décider certains à parler et les enquêteurs de la cellule de Jumet à prendre enfin les bonnes décisions plutôt que de se contenter de "fermer les portes".
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